dimanche 27 février 2011

Une nouvelle encyclopédie biblique, colossale...


   Que faire quand on veut se renseigner sur un sujet lié à la Bible? Avant de se jeter sur des commentaires, des monographies ou des articles, le réflexe idéal consiste à consulter un bon dictionnaire, qui fournit souvent d'utiles synthèses.
   Dans ce registre, il existe des outils appréciables, y compris en français. On peut par exemple citer le Grand Dictionnaire de la Bible, dont la seconde édition vient de paraître, ou le Dictionnaire de théologie biblique, chacun en un volume. Il y a bien sûr le Supplément au Dictionnaire de la Bible, dont les fascicules continuent de paraître, et dont les articles constituent souvent de véritables monographies scientifiques. Mon outil préféré est le fameux Anchor Bible Dictionary, en 5 tomes et en anglais.

   Mais un nouveau projet, gigantesque, est en cours: l'Encyclopedia of the Bible and Its Reception, qui comprendra pas moins de 30 volumes! 

Un nouveau site pour la Revue Réformée


La Revue Réformée, publiée par mes confrères de la Faculté Jean Calvin (nouveau nom de la FLTR d'Aix-en-Provence), était diffusée gratuitement en ligne depuis 1997 sur le site "unpoissondanslenet" (ici).

Elle possède désormais son propre website (ici), où le texte intégral des articles est mis en ligne gratuitement, quelques temps après la parution papier (les numéros disponibles aujourd'hui vont jusqu'en 2009). On trouvera aussi des index et le sommaire des numéros.
A consulter régulièrement!

jeudi 24 février 2011

Mon premier livre

... est paru il y a quelques semaines dans la collection des Cahiers de la Revue Biblique, une publication de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem:

Le testament d'Elisée. Texte massorétique et Septante en 2 Rois 13,10-14,16, Cahiers de la Revue Biblique n°76, Pendé, Gabalda, 2010.

   C'est une version révisée d'un mémoire écrit à Jérusalem pour le diplôme d'"élève-titulaire" de l'Ecole biblique, ainsi que pour l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres qui m'avait octroyé une bourse. Je l'avais rédigé durant ma deuxième année de mon doctorat, et il s'agissait d'une partie intégrante de ma thèse (environ 20% du total; le reste devrait faire l'objet d'un autre livre).
   Il s'agit d'une recherche de critique textuelle (la discipline consistant à comparer les manuscrits de la Bible et permettant de s'approcher le plus possible de l'original). 


mercredi 23 février 2011

Le numéro de Mars-Avril de la Biblical Archaeology Review

   Le numéro de Mars-Avril de la Biblical Archaeology Review vient de paraître. C'est une des principales revues de vulgarisation portant sur les rapports entre l'archéologie et la Bible. Vous trouverez ici, sur son site web, non seulement le sommaire mais encore plusieurs articles en libre accès, comme à chaque numéro. Je recommande aussi de jeter un coup d'oeil régulièrement aux news signalées par ce site.
  

lundi 21 février 2011

Lexham English Bible: trois outils (gratuits et en ligne)

    D'une pierre trois coups...
  1. La Lexham English Bible est une nouvelle traduction anglaise de la Bible, assez littérale, disponible gratuitement ici. Pour l'instant seule la traduction du NT est prête (l'AT prend plus de temps!).
  2. Le NT interlinéaire correspondant, dans le sens anglais/grec (le texte principal est en anglais, le grec est dessous) est lui aussi disponible gratuitement, ici (en bas de la page). Les deux premiers outils sont fondés sur:
  3. Une nouvelle édition du NT grec, le SBLGNT= Society of Biblical Literature Greek New Testament.

De la Genèse au génome

   Un nouveau livre vient de paraître sur le thème "foi et évolution". Il s'agit d'un ouvrage collectif écrit sous la direction de Lydia Jaeger à partir des contributions faites à la rencontre du Réseau des scientifiques évangéliques de Janvier 2009:

De la Genèse au génome. Perspectives bibliques et scientifiques sur l'évolution, Excelsis/Editions de l'IBN, Cléon d'Andran/Nogent-sur-Marne, 2010.
   Le premier chapitre, écrit par votre serviteur, s'intitule "Le premier chapitre de la Genèse lu dans le contexte du Proche-Orient ancien". Il étudie Genèse 1.1-2.3 sous plusieurs angles: les aspects littéraires du texte (genre, style, structure), les parallèles avec des cosmogonies du Proche-Orient ancien, l'interprétation des jours et enfin quelques éléments du message de ce texte.
   Mais il y a aussi un article sur le Ps 104, des contributions purement scientifiques sur l'évolution, un point de vue socio-historique par S. Fath, une approche théologique par H. Blocher... Vous trouverez ici, sur le site de l'éditeur Excelsis, la table des matières et la préface.

samedi 19 février 2011

News archéologiques sur Tyr

   Plusieurs chapitres, parmi les plus impressionnants de l'AT, sont consacrés à la ville de Tyr par le prophète Ezéchiel (ch. 26-28). Avec un panache que j'admire, il prononce l'oraison funèbre de la ville... alors qu'elle est encore debout. Il écrit notamment:
"Comment as-tu péri, disparu des mers, ville célèbre, qui fut puissante sur la mer, elle et ses habitants qui répandaient la terreur sur tout le continent? (26.17 BJ)

   Au chapitre suivant, le prophète s'adresse à Tyr au moyen de la métaphore d'un navire:
"Tyr, c'est toi qui disais: 'Je suis un navire d'une parfaite beauté'
En pleine mer s'étendaient tes frontières,
Tes constructeurs ont parfait ta beauté..." (27.3-4)

   Il faut se rappeler que Tyr était alors une île au bord de la côte phénicienne (Liban actuel), et que c'est Alexandre le Grand qui en a fait une presqu'île pour l'assiéger (ce qu'elle est encore aujourd'hui, cf. la photo ci-dessus).
   Eh bien du côté de l'archéologie, il y a du nouveau. Un des derniers numéros (73/2-3, Juin-Septembre 2010) de la merveilleuse revue Near Eastern Archaeology est en grande partie consacrée aux fouilles au Liban. Vous pouvez lire les résumés des articles ici.
Les Phéniciens sont bien sûr réputés pour leur activité maritime à travers la Méditerranée, et on sait qu'ils ont fondé une colonie à Carthage. Mais si le port de cette dernière ville est bien connu, on n'avait jusqu'à récemment presque rien retrouvé des ports de la côté phénicienne elle-même.  Il devait pourtant en exister à Tyr, Sidon, Byblos, Beirouth... Les sources classiques mentionnent même deux ports à Tyr, un au Nord et l'autre au Sud. Depuis les années trente du XXe s., on pensait entrevoir des restes du port Nord, mais cela n'a été confirmé qu'en 2005.
   Mieux, dans l'un des articles de NEA ("New Light on the Phoenician Harbor of Tyr"), I. Nourredine fait part de ses propres découvertes lors d'une recherche sous-marine: il a pu inspecter et cartographier deux rangées parallèles formant une jetée. Certaines pierres portent des marques de maçonnerie, qui datent au plus tard de l'époque perse, et peut-être de l'âge du Fer. Nourredine pense qu'il s'agit de restes du port phénicien du 8e ou 7e s. La date reste donc à confirmer par des analyses ultérieures, mais c'est un vrai progrès!

Comment le livre d'Amos a-t-il été édité?

   Voilà le genre de questions que les exégètes aiment bien se poser, sans trop d'espoir de parvenir à une réponse assurée... Il est pourtant intéressant de s'interroger: est-ce Amos lui-même qui a réuni ses oracles, ou bien des disciples, ou quelqu'un d'autre encore, et comment?
   Je viens d'écrire un long compte-rendu en ligne, dans le Journal of Hebrew Scriptures, d'un livre récent sur le sujet:
T. Hadjiev, The Composition and Redaction of the Book of Amos,BZAW 393, Berlin, de Gruyter, 2009.

   Il s'agit d'une thèse de doctorat soutenue à Oxford, dédiée à la critique rédactionnelle du livre biblique.
L'auteur y propose un modèle d'élaboration du livre d'Amos à partir de deux "rouleaux":
 

  • L'un contenant des textes "polémiques", essentiellement une partie des oracles contre les nations d'Am 1-2, et des visions des ch. 7-9. Il aurait été mis en forme par des disciples d'Amos peu avant 734/32 ou peu avant 722, en espérant défendre la validité des oracles de leur maître.
  • L'autre réunissant, vers 734-722, des oracles incitant à la repentance (Am 4.1-6.7), plus tard étendu dans le royaume du sud à 3.9-6.14.
   Les deux rouleaux auraient été réunis au 7e s. dans le royaume de Juda, puis on aurait effectué des ajouts durant l'Exil, notamment les oracles contre Tyr, Edom et Juda au ch. 1.

   Je n'ai pas été convaincu par la démonstration de Hadjiev, et je vous renvoie à ma recension pour les détails. Mais ce livre a au moins deux mérites: l'auteur y analyse de manière critique nombre d'arguments peu solides qui ont été utilisés par des exégètes pour élaborer des modèles parfois plus complexes que le sien (jusqu'à 12 rédactions!), et il stimule la réflexion.

   En fait, toute une série de questions sont impliquées; en particulier:
  1. Les oracles étaient-ils conservés par tradition orale dans un premier temps? On l'a souvent répété; je n'y crois pas trop. C'est évidemment invérifiable, et les principaux éléments en faveur de cette hypothèse sont: a) le fait que la transmission orale était importante dans certaines sociétés; b) l'impression que certaines caractéristiques des textes ont pu constituer des moyens mnémotechniques (structures symétriques...). Mais a) on n'en sait rien pour l'Israël ancien, et certains supposent trop facilement que les Israélites ne savaient pas écrire (on a pourtant des inscriptions de l'époque d'Amos). Et b) les textes prophétiques sont tellement bien travaillés d'un point de vue littéraire, qu'à moins de supposer une transformation considérable par des "éditeurs", il faut bien admettre que des prédicateurs comme Amos et Osée étaient de vrais écrivains et que leurs oracles étaient des oeuvres bien élaborées dès le départ, se prêtant mal à une transmission orale à mon avis. De plus, on a des traces, du côté de la Mésopotamie, d'oracles mis aussitôt par écrit, sous forme de "lettres" adressées au roi sur des tablettes (voir M. Nissinen et al., Prophets and Prophecy in the Ancient Near East, Atlanta, SBL, 2003, ou A. Lemaire (éd.), Prophètes et rois, Lectio Divina, Paris, Cerf, 2001).
  2. Que signifie l'"édition" ou la "publication" d'un livre dans l'Israël ancien? Finalement, on n'en sait pas grand chose. Il n'y avait sans doute pas de large diffusion au départ, et on peut imaginer que les "livres" comme celui d'Amos étaient conservés et recopiés par des prêtres ou des prophètes, avec un "lectorat" fort limité pendant longtemps. Il semble que Jérémie était imprégné du livre d'Osée, ce qui montre une influence de prophète à prophète.
  3. Où les oracles d'Amos sont-ils passés? Beaucoup pensent que lui-même a été expulsé vers Juda, car le prêtre Amasias lui enjoint de s'y enfuir (Am 7.12) - mais on ne sait pas s'il a obtempéré. En tous les cas, on peut supposer que ses oracles ont dû passer au royaume du sud au plus tard en 722, lors de la chute de Samarie.
  4. Les générations futures se permettaient-elles de "mettre à jour" les oracles en faisant de larges ajouts, comme Hadjiev et bien d'autres le supposent? On n'en a aucune preuve, si ce n'est que certains considèrent impossible, par exemple, qu'Amos ait évoqué Juda dans ses prophéties (ce qui est largement discutable). Certains, parmi les meilleurs commentateurs (Andersen et Freedman dans la collection Anchor Bible, S. Paul dans la série Hermeneia), considèrent que l'essentiel du livre d'Amos remonte au prophète éponyme, quitte à ce que ce soit ses disciples qui aient recueilli ses oracles en un "livre".
Faute d'éléments tangibles, on ne peut en rester qu'à des spéculations. Mais, plutôt que de considérer le livre d'Amos comme un simple "livre" manufacturé du jour au lendemain, il est bon de se rappeler qu'il y a une histoire derrière:
  • un prophète qui rédige avec soin des oracles souvent ravageurs, traitant les femmes des notables de la capitale de "vaches" en Am 4.1 (il aurait été viré de bien des radios pour ses éditos...);
  • un prophète qui se fait peut-être même expulser de son pays;
  • des disciples ou continuateurs qui recueillent ou du moins conservent ses oracles;
  • un recueil d'oracles qui fait son chemin dans l'histoire de Juda, jusqu'à faire partie du canon.

    vendredi 18 février 2011

    Un commentaire magnifiquement illustré

       Un superbe outil est paru récemment, sous la direction de John H. Walton: Zondervan Illustrated Bible Backgrounds Commentary, 5 vols, Grand Rapids, Zondervan, 2009.

       Les 5 volumes du ZIBBC consistent en un commentaire collectif de tout l'AT, par des auteurs tels que Iain Provan (2 Rois), Alan Millard (Abdias/Nahum), Tremper Longman III (Proverbes) mais aussi un Français, Daniel Bodi (Ezéchiel) qui enseigne à l'INALCO et dont l'une des spécialités est la comparaison entre les textes bibliques et les documents proche-orientaux. Il ne s'agit pas d'un commentaire exégétique au sens habituel; il est consacré aux données d'arrière-plan, historiques et archéologiques, et le propos est très largement illustré par des encadrés et des photos (souvent magnifiques) d'inscriptions, de sites archéologiques, d'objets découverts dans des fouilles...On peut consulter des extraits sur le site de l'éditeur.
       Le texte principal s'arrête notamment sur les allusions à des évènements historiques ou à des pratiques anciennes contenues dans les passages étudiés, et les éclaire à l'aide de découvertes et de parallèles de l'Orient ancien. Il s'agit d'une vulgarisation d'excellent niveau: le corps du commentaire est très lisible, mais il y a également (en fin de chapitre) des notes renvoyant à quantité de publications sérieuses.
       Walton avait déjà publié plusieurs ouvrages du type "commentaire archéologique", mais cette fois-ci, en s'entourant d'une large équipe et en obtenant les moyens d'inclure nombre d'illustrations, il me semble être parvenu à la forme la plus aboutie possible de ce type d'ouvrage. On peut se procurer chaque volume individuellement pour un prix qui n'est pas si élevé que cela, si on le compare à celui des commentaires habituels, qui ne sont en général pas illustrés.
       Un bel outil.

    Un nouveau blog dédié à l'AT!

    • Pour qui? Ce blog est dédié en priorité aux étudiants en théologie, aux pasteurs et à tous les passionnés de l'Ancien Testament. 
    • Pourquoi? Afin de partager des découvertes récentes sur l'exégèse, l'archéologie, les inscriptions anciennes... ainsi que des ressources utiles, livres, sites... Quantité de choses passionnantes se produisent dans la recherche sur l'AT!
    • En français? Eh oui, il existe quantité de blogs sur la Bible en anglais, mais assez peu de choses sérieuses en français, notamment sur l'AT.
    • "Exegetix"? C'est le nom que l'auteur aurait voulu recevoir dans le plus célèbre des villages gaulois, et c'est une façon d'indiquer qu'il cherchera à vous faire part des découvertes qui le passionnent sans se prendre trop au sérieux. D'ailleurs, dans la version anglaise d'Astérix, le petit chien s'appelle Dogmatix...
    • Uniquement l'Ancien Testament? Ok, je ne résisterai pas à la tentation de parler aussi du NT de temps en temps...